{"id":559,"date":"2026-09-20T18:14:22","date_gmt":"2026-09-20T18:14:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.fredericprat.com\/?page_id=559"},"modified":"2026-09-20T19:20:31","modified_gmt":"2026-09-20T19:20:31","slug":"voyages-dans-le-temps","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.fredericprat.com\/?page_id=559","title":{"rendered":"Voyages dans le temps"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fanny Drugeon &#8211; mars 2015<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le d\u00e9signer<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(Georges Perec, Esp\u00e8ces d\u2019espaces)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Premi\u00e8res rencontres avec les tableaux de Fr\u00e9d\u00e9ric Prat au Mudam, 2008, \u00ab&nbsp;De la couleur avant toute chose !&nbsp;\u00bb et le passage des poireaux faussement statiques qui narguaient d\u00e9j\u00e0 la couleur \u00e0 son explosion jusque dans les titres des toiles. Puis \u00ab&nbsp;Les D\u00e9tours de l\u2019abstraction&nbsp;\u00bb, 2012, et quels d\u00e9tours, quels glissements depuis les pionniers de l\u2019abstraction&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Ind\u00e9pendamment de sa forme&nbsp;\u00bb, cette pr\u00e9cision dans la d\u00e9finition de la couleur, en tant que \u00ab&nbsp;caract\u00e8re d\u2019une lumi\u00e8re, de la surface d\u2019un objet<a href=\"https:\/\/fredericprat.art\/fanny-d#sdfootnote1sym\">1<\/a>&nbsp;\u00bb r\u00e9sonne avec les peintures de Fr\u00e9d\u00e9ric Prat. Un aper\u00e7u rapide pourrait risquer de les associer \u00e0 une pratique strictement formelle. Pourtant un regard plus attentif brise toute tentative d\u2019association formaliste. Un face \u00e0 face avec une peinture a priori immobile o\u00f9 l\u2019empreinte des diff\u00e9rentes strates n\u2019est pas tout de suite perceptible. Les territoires de l\u2019exp\u00e9rimentation s\u2019ouvrent et la question de l\u2019abstraction s\u2019\u00e9loigne,&nbsp;tout comme elle s\u2019est \u00e9loign\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 pour des artistes tels que Robert Ryman, Frank Stella ou Ad Reinhardt. Ryman ouvre de nouveau les interrogations li\u00e9es \u00e0 la peinture abstraite, convaincu que l\u2019importance ne r\u00e9side pas dans le sujet mais dans la mani\u00e8re de peindre. Il est suivi en cela par Reinhardt qui pr\u00e9cise&nbsp;: \u00ab Il est plus difficile de discourir par oral ou par \u00e9crit sur la peinture abstraite que sur tout autre, dans la mesure o\u00f9 son contenu ne se trouve, ni dans un sujet [subject matter], ni dans une histoire, mais dans l\u2019activit\u00e9 m\u00eame de peindre<a href=\"https:\/\/fredericprat.art\/fanny-d#sdfootnote2sym\">2<\/a>. \u00bb Et c\u2019est bien cette activit\u00e9, le fait de peindre, qui est au c\u0153ur de la d\u00e9marche de Fr\u00e9d\u00e9ric Prat. Pas de sentimentalisme mais une rencontre avec la peinture au-del\u00e0 du sujet, quand bien m\u00eame il serait abstrait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutefois, si ses h\u00e9ritages sont multiples, aucune nostalgie n\u2019est pr\u00e9sente, uniquement la poursuite d\u2019une couleur qui n\u2019est pas fig\u00e9e, qui \u00e9volue au fil des s\u00e9ries, et non la redite d\u2019une histoire formelle. Le tableau se construit progressivement, la temporalit\u00e9 est int\u00e9gr\u00e9e au processus de travail de Fr\u00e9d\u00e9ric Prat. Pourtant, aucune impression laborieuse n\u2019en \u00e9mane, faisant \u00e9cho \u00e0 ce que Matisse \u00e9crivait \u00e0 Henry Clifford, en f\u00e9vrier 1948, \u00e0 propos de l\u2019exposition que ce dernier pr\u00e9parait \u00e0 Philadelphie&nbsp;: \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai toujours essay\u00e9 de dissimuler mes efforts, j&rsquo;ai toujours souhait\u00e9 que mes \u0153uvres aient la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et la gaiet\u00e9 du printemps qui ne laisse jamais soup\u00e7onner le travail qu&rsquo;il a co\u00fbt\u00e9.&nbsp;\u00bb Toute l\u2019\u00e9vidence que recherche l\u2019artiste en d\u00e9pit de la n\u00e9cessit\u00e9 de passer et de repasser le pinceau sur la toile, d\u2019y ajouter mati\u00e8re, couleurs. Tous ces \u00e9l\u00e9ments que Fr\u00e9d\u00e9ric Prat regarde en peinture, comme son regard sur la peinture ancienne, dont l\u2019approche physique le conduit \u00e0 observer \u00ab&nbsp;l\u2019articulation de la peinture par chaque peintre : Franz Hals, Tintoret, Titien, Caravage, Le Greco<a href=\"https:\/\/fredericprat.art\/fanny-d#sdfootnote3sym\">3<\/a>\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le travail dans la dur\u00e9e est essentiel, plusieurs moments se constituant&nbsp;: les \u00ab&nbsp;couleurs&nbsp;\u00bb de 2007 par exemple ou les r\u00e9cents Blancs. L\u2019ensemble est associ\u00e9 \u00e0 un \u00ab&nbsp;flux&nbsp;\u00bb, comme un flux vital.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Monochrome&nbsp;\u00bb, c\u2019est ainsi que Fr\u00e9d\u00e9ric Prat d\u00e9signe une partie du tableau, celle qui est appel\u00e9e \u00e0 recevoir la couleur comme Rose (2007), le fond aurions-nous pu \u00e9crire, mais il n\u2019est pas question ici de fond et de forme. \u00ab&nbsp;La couleur du fond d\u00e9termine la surface, installe le terrain, fait lieu, pr\u00e9pare le plan \u00bb, pr\u00e9cise Fr\u00e9d\u00e9ric Prat. La chor\u00e9graphie chromatique peut alors commencer, mais le monochrome a tout son r\u00f4le \u00e0 jouer, dynamique autant que les couleurs qui sont juxtapos\u00e9es en \u00e9paisseur, les actions prennent place. Devant Bleu (2012), par exemple, les couleurs nous enrobent, le monochrome touche \u00e0 sa limite, comme une norme qu\u2019on s\u2019appr\u00eate \u00e0 enfreindre, il perturbe les autres couleurs et est perturb\u00e9 par elles. Mais que sont ces couleurs sinon la pr\u00e9sence de l\u2019artiste, son implication physique et ses choix \u00e0 la fois nets et libres&nbsp;? Il s\u2019agit de formes qui n\u2019en sont pas ou le deviennent progressivement mais ont \u00e9t\u00e9 avant tout couleur. Jonathan Lasker parle d\u2019\u00ab&nbsp;images abstraites&nbsp;\u00bb \u00e0 propos de ses toiles. La mobilit\u00e9 de l\u2019\u0153il du spectateur est en jeu, il est appel\u00e9 tant \u00e0 se mouvoir qu\u2019\u00e0 demeurer un temps statique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Couleurs en libert\u00e9, couleurs en apesanteur. Rose, Jaune, Noir\u2026 La couleur est omnipr\u00e9sente, signifiante, mais elle d\u00e9signe aussi le tableau par l\u2019interm\u00e9diaire du \u00ab&nbsp;monochrome&nbsp;\u00bb choisi par l\u2019artiste pour chaque tableau. \u00ab&nbsp;Je veux que mes tableaux d\u00e9fient toutes nominations pour produire du langage, ils ne doivent donc pas incarner quelque chose de nommable<a href=\"https:\/\/fredericprat.art\/fanny-d#sdfootnote4sym\">4<\/a>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les moyens d\u2019expression \u00e9voluent, le dessin, tout d\u2019abord d\u00e9laiss\u00e9 par refus d\u2019une composition contrainte, pr\u00e9con\u00e7ue, revient. Et par son interm\u00e9diaire, une nouvelle mani\u00e8re de distribuer les couleurs, un retour du travail sur la toile blanche et une plus grande densit\u00e9 des couleurs\/actions (Blanc, 2014) qui vont parfois jusqu\u2019\u00e0 se substituer au fond. Le passage aux Blancs (2014-2015), du papier \u00e0 la toile, aboutit \u00e0 la lib\u00e9ration du principe de monochrome tel que Fr\u00e9d\u00e9ric Prat l\u2019avait \u00e9labor\u00e9. Le mode op\u00e9ratoire n\u2019est jamais fig\u00e9. Plus de couleurs apparaissent ou tout au moins sont distribu\u00e9es diff\u00e9remment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La peinture \u00e0 la fois mat\u00e9rielle et immat\u00e9rielle, visible et invisible, comme le pr\u00e9cisait Merleau-Ponty. \u00ab&nbsp;En exposant mes tableaux je veux d\u00e9terminer un lieu de pens\u00e9e&nbsp;\u00bb, explique Fr\u00e9d\u00e9ric Prat, un lieu de pens\u00e9e, mais aussi un lieu o\u00f9 penser la peinture. \u00ab&nbsp;Le sens de la peinture n\u2019existe que dans le rapport entre le spectateur et la peinture<a href=\"https:\/\/fredericprat.art\/fanny-d#sdfootnote5sym\">5<\/a>&nbsp;\u00bb, d\u00e9clarait G\u00fcnter Umberg. Au final autant de voyages dans le temps, celui de la peinture, celui de l\u2019artiste, le n\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/fredericprat.art\/fanny-d#sdfootnote1anc\">1<\/a> Le nouveau petit Robert : dictionnaire alphab\u00e9tique et analogique de la langue fran\u00e7aise, 1996.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/fredericprat.art\/fanny-d#sdfootnote2anc\">2<\/a> Ad Reinhardt, \u00ab Abstraction et illustration \u00bb, conf\u00e9rence non publi\u00e9e, 1943, dans Cahiers du Mnam, n\u00b0&nbsp;49, automne 1994, p. 81-83 [traduit de l\u2019anglais par Christine Savinel].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/fredericprat.art\/fanny-d#sdfootnote3anc\">3<\/a> \u00c9change avec l\u2019artiste, 31 mars 2015.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/fredericprat.art\/fanny-d#sdfootnote4anc\">4<\/a> Idem.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/fredericprat.art\/fanny-d#sdfootnote5anc\">5<\/a> Joseph Marioni, G\u00fcnter Umberg, Outside the cartouche \u2013 Zur Frage des Betrachters in der radicalen Malerei, Munich, Neue Kunst Verlag, 1986, cit\u00e9 par Christian Besson, \u00ab Abstraction faite du spectateur: absorption, r\u00e9jection, fascination distraction \u00bb, in Tableaux territoires actuels, 1997, Quimper, Le Quartier, p. 78.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fanny Drugeon &#8211; 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